Plutôt matcha ou chicorée ?

Plutôt matcha ou chicorée ?

Dans les mugs des Français, le café partage désormais la vedette avec des boissons aux noms encore exotiques il y a quelques années : matcha, hojicha, golden latte, chicorée nouvelle génération ou encore “café” de noyaux de datte. Une révolution douce, portée par les coffee-shops, les réseaux sociaux et une génération qui veut autant du goût que du storytelling.

Selon une récente étude de De’Longhi, 62 % des Français boivent au moins deux cafés par jour. L’espresso reste roi avec 55 % d’adeptes. Mais les boissons lactées progressent : 27 % des consommateurs se tournent désormais vers des lattes ou cappuccino. Et c’est en Île-de-France que se joue la mutation culturelle de la tasse.

Paris, capitale française du latte

Avec 15 % d’amateurs, l’Île-de-France est la région où cette boisson est la plus consommée. Une évolution qui épouse celle des villes : cafés transformés en espaces de coworking, boissons instagrammables et multiplication des coffee-shops. La région compte aujourd’hui près de 980 établissements spécialisés, soit plus du quart des coffee-shops français, selon une étude de Rentech Digital 2025. Dans ces temples du latte art, le café n’est plus seulement un carburant. Il devient expérience, identité et parfois manifeste lifestyle. Le matcha concentre à lui seul cette bascule culturelle. Consommé depuis des siècles au Japon, ce thé vert en poudre a été réinventé par l’Occident connecté. Les réseaux sociaux l’ont transformé en symbole wellness, aidés par quelques célébrités. Derrière la mousse verte, il y a aussi un argument physiologique : grâce à la L-théanine, le matcha promet une stimulation plus douce et durable que le café.

Le grand retour des « faux cafés »

Le grand retour des « faux cafés »

Autre revenante : la chicorée. Longtemps associée aux petits-déjeuners des années 1980, grâce à une marque et sa publicité restée célèbre, elle connaît une seconde jeunesse spectaculaire. Dans le Nord, où l’on torréfie la racine depuis le XIXe siècle, elle n’a jamais totalement disparu. Mais la voilà désormais réemballée par des start-ups du bien-boire et des marques branchées. Le phénomène dépasse la chicorée. Pois chiches, lentilles, lupin, orge, noyaux de dattes : tout ce qui peut être torréfié devient potentiellement une alternative au café. Le procédé est simple : sous l’effet d’une chaleur intense, céréales, graines ou légumineuses développent des arômes grillés qui rappellent l’expresso. L’orge torréfié connaît lui aussi une ascension discrète. En Italie, le caffè d’orzo, ou café d’orge, fait partie du quotidien depuis longtemps. Sans caféine, avec des notes de pain grillé, il séduit une clientèle à la recherche de boissons plus douces.

Ube violet et hojicha fumé : le règne des boissons instagrammables

Dans les vitrines des coffee-shops, les couleurs comptent désormais autant que les arômes. Le violet éclatant de l’ube latte (boisson philippine à base d’igname violette) concurrence le vert profond du matcha. L’ube coche toutes les cases contemporaines : photogénique, riche en antioxydants, sans caféine et présenté comme meilleur pour l’immunité. Même logique pour le hojicha, thé vert japonais torréfié aux notes fumées, ou pour le golden latte au curcuma. Ces boissons s’inscrivent dans une logique hybride : entre plaisir gourmand, quête de bien-être et conscience écologique. Car derrière la tendance, il y a aussi les tensions sur le marché du café, frappé par les hausses de prix et les aléas climatiques.

« Il faut que le goût soit bon »

Chez Sogeres, ces nouvelles boissons sont déjà entrées dans les restaurants d’entreprise. Pour Marine Ruols-Boudou, cheffe de marque, le phénomène dépasse largement l’effet de mode.

En termes de boissons chaudes, nous avons une offre avec barista dans les restaurants. Nous suivons les tendances pour proposer des boissons autres que le café et le thé.

Ainsi, si le café demeure une institution française. Il n’est plus seul. Autour de lui prolifère une galaxie de boissons hybrides, sans caféine, plus colorées, plus personnalisables et souvent présentées comme plus vertueuses. Au fond, le succès du matcha ou du café d’orge raconte peut-être moins la fin du café qu’une nouvelle façon de consommer : boire moins par automatisme, davantage par expérience.